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Bourses : "Devons nous acheter ou pas ?"
Par LeMonde.fr
mer 15 oct, 15h58
| AZIZI : Que pensez-vous de la récente reprise du marché : est-ce juste un rebond après la semaine précédente, ou un vrai mouvement de reprise ? |
Hervé Picard : On a effectivement un mouvement de rebond qui risque d'être assez prononcé. Les excès commis la semaine dernière étaient très importants, le CAC 40 s'est affiché en recul de plus de 40 % depuis le 1er janvier.
Et à partir du moment où un peu de sérénité, de confiance revient sur le marché boursier, il est normal qu'on assiste à un rebond qui pourrait nous ramener proche des 4 000 points en ce qui concerne le CAC 40.
Maintenant, à plus long terme, la crise bancaire aura un impact très important sur l'économie réelle. On assistera donc à des annonces macroéconomiques, mais également au sein des résultats des entreprises, qui seront plutôt décevants.
Et le marché boursier devrait rester assez fragile dans les mois qui suivent. Il faudra donc être plus patient pour que la hausse se confirme et, pour revoir des niveaux de juin 2007, vraisemblablement pas avant deux ans.
Manu : Une rechute des Bourses est-elle possible, et pour quelles raisons ?
Hervé Picard : A tout moment un mouvement de panique peut se remettre en place sur une annonce de dégradation du système bancaire, et on peut revenir sur des niveaux proches des 3 000 points comme on a pu les avoir la semaine dernière.
Cela dit, le plan annoncé par les gouvernements européens et confirmé encore aujourd'hui par les Etats-Unis est à même de calmer les investisseurs et d'apporter au marché une certaine stabilisation sur des niveaux plus raisonnables, proches des 4 000, voire 4 500 points.
Marco : jusqu'où peut descendre le CAC40, selon vous ?
Hervé Picard : Dans des périodes de panique auxquelles on vient de faire face, plus aucun seuil ne peut tenir. Néanmoins, on sent qu'à l'approche des 3 000 points, un certain nombre d'investisseurs, qui gardent leur sang-froid, sont prêts à racheter des sociétés de très grande qualité à des niveaux de valorisation historiquement faibles.
Ethiop : Il est dit que les banques connaîtraient une nouvelle échéance, liée à une nouvelle période importante de dénouement de subprimes, en juin 2009. N'y a-t-il pas qu'un répit avant une rechute grave mi-2009 ?
Hervé Picard : A ma connaissance, les principales échéances de crédits subprimes sont déjà arrivées, et la crise actuelle n'est plus tant une crise liée aux subprimes qu'une crise de confiance dans la solidité du système bancaire international.
Oliviou : Quel est l'intérêt de garder son argent en Bourse quand la tendance est baissière ? Ne faut-il pas tout vendre ?
Hervé Picard : Oui, bien sûr, il est préférable de réussir à tout vendre avant que la baisse ne soit trop importante.
Maintenant, lorsqu'on arrive sur des niveaux aussi faibles que ceux de la semaine dernière, après 50 % de baisse des marchés par rapport à juin 2007, il est trop tard pour vendre. Ce serait plutôt le moment d'acheter.
lb : Est-il trop risqué aujourd'hui d'investir dans des valeurs bancaires françaises ?
Hervé Picard : Etonnamment, les valeurs bancaires françaises ne sont pas celles qui ont le plus subi la baisse du marché. Pour investir aujourd'hui, il est peut-être préférable de se reporter sur d'autres secteurs, le secteur industriel en particulier, ou le secteur pétrolier.
JOHN : "Secteur industriel", "secteur pétrolier", pouvez-vous être plus précis ?
Hervé Picard : Aujourd'hui, sur le secteur pétrolier, les cours restent élevés, même s'ils ont beaucoup reflué depuis les 140 dollars atteints cet été.
Le baril se redresse depuis hier, on a repassé les 84 dollars sur le WPI. Nous sommes donc tout à fait favorables aux secteurs pétrolier et parapétrolier, et favorisons des sociétés comme Total, ou Vallourec ou CGG Véritas. Ces deux dernières sociétés ont un très bon carnet de commandes et une maîtrise de leurs prix de vente, un très bon "pricing power".
Dans l'industrie, nous sommes acheteurs de très beaux groupes français : Saint Gobain, Schneider, Legrand. En effet, aujourd'hui, ces sociétés se paient cinq à six fois les résultats 2008, qui sont des niveaux de PER (multiple de capitalisation des bénéfices) historiquement faibles et qui offrent des rendement de 7 à 8 % malgré la hausse des cours d'hier et d'aujourd'hui.
Saint Gobain à 32 euros par exemple offre un rendement de 7,80 %, et nous ne sommes pas inquiets quant à sa capacité à verser son dividende en 2009.
Aujourd'hui, nous sommes davantage friands de ces grandes valeurs européennes. C'est en premier sur celles-ci que le rebond s'effectuera, avant de concerner les valeurs moyennes. Les petites capitalisations risquent d'être délaissées pour le moment.
Manu : quelles sont les valeurs Opéables ?
Hervé Picard : Effectivement, ce sont des marchés où l'on pourraitpenser que les OPA ou OPE pourraient se multiplier en raison de lafaiblesse des cours.
Or dans les faits, on observe que les OPA sont plus fréquentes dans lespériodes où les marchés sont haussiers plutôt que dans les périodes decrise comme actuellement. D'autant plus que les fonds de LBO sontactuellement fragilisés par les problèmes de crédit.
Il y a beaucoup de liquidités investies pour l'instant sur desplacements sans risques, qui reviendront sur les marchés financier trèsprogressivement. La confiance se perd rapidement, mais revientdoucement.
Les plus audacieux achètent depuis hier, mais les investisseursinstitutionnels et les épargnants plus prudents mettront beaucoup plusde temps à revenir sur le marché boursier.
manu : Quelles sont les valeurs encore sous-évalées et selon quels critères ?
Hervé Picard : On peut parler de Gaz de France-Suez, ou Lafarge, qui sont des entreprises très internationalisées, en particulier Lafarge. Ce sont des entreprises d'origine françaises mais elles effectuent leur CA à l'international donc bénéficient de la croissance des zones émergentes : en Asie, en Amérique du Sud, sur le pourtour méditerranéen pour Lafarge en particulier. Il ne faut pas anticiper l'évolution de la Bourse de Paris et des grandes valeurs cotées à Paris en s'attachant uniquement à la croissance du PIB de la France ou de la zone euro.
Axelle : Pensez-vous que c'est le moment d'acheter dans l'immobilier ?
Hervé Picard : Je ne conseillerais pas d'investir sur des titres trop spéculatifs. Il y a suffisamment de potentiel sur les grandes valeurs aux fondamentaux solides pour ne pas rêver à de fantastiques plus-values sur des "small caps" extrêmement volatils.
Sur l'immobilier en général, nous pensons que la baisse des prix de l'immobilier en France devrait se prolonger sur plusieurs années, et qu'il est encore vraisemblablement trop tôt, d'un point de vue général, pour se reporter sur l'immobilier.
pascal1998 : Pensez-vous qu'il faille se positionner à l'achat sur le marché action, compte tenu de la récession économique qui s'annonce inéluctable ?
Hervé Picard : Je pense même que c'est le bon réflexe à avoir. Sur le marché actions, soit on joue aujourd'hui le rebond à court terme du marché, qui viendra corriger les excès de la semaine dernière, la baisse de 22 % de la Bourse de Paris, soit on a une attitude plus long terme, et on achète aujourd'hui dans une perspective à deux ans au terme de laquelle on ne devrait pas regretter les achats sur les niveaux actuels.
Les difficultés économiques et la récession qui vont toucher certains pays européens justifient une baisse de 20 à 30 % des marchés boursiers, mais vendredi dernier, on avait perdu plus de 50 %.
Donc, assez logiquement, on devrait revenir sur des niveaux un peu plus raisonnables, même s'il est très difficile de déterminer le niveau d'équilibre.
haim : Investir en obligations, est-ce un bon choix dans la conjoncture actuelle ?
Hervé Picard : Aujourd'hui, le choix est plus à faire entre des supports dynamiques en actions ou des supports monétaires - obligations très court terme qui rapportent déjà plus de 4 %. Dans la conjoncture actuelle, je ne préconise pas de prendre un risque de taux sur des obligations long terme.
marco : Pour l'immobilier, vous voyez une baisse de quel ordre ?
Hervé Picard : Environ 20 à 25 %. C'est un chiffre qu'il faudrait relativiser suivant les différentes zones géographiques en France, qui sont très différentes. Même à Paris, d'un quartier à un autre, d'une rue à une autre, le marché évoluera différemment. On aura des écarts extrêmes entre des programmes Robien qui ne seront même pas vendables quel qu'en sera le prix, parce qu'ils ont été survendus, et des appartements au coeur des principales villes françaises, dont la valorisation devrait très bien résister.
leguneur : La crise est-elle devant nous ou derrière nous ?
Hervé Picard : Je pense qu'on a peut-être vu le point bas la semaine dernière. Maintenant, à tout moment, comme je le disais, on risque de pouvoir y revenir si un mouvement de panique se remet en place.
Si au contraire la sérénité et la confiance s'établissent, nous devrions pouvoir revoir un équilibre de marché au-dessus des 4 000 points sur le CAC 40.
Cocorico : Qu'est-ce qui va diriger les marchés : l'évolution des taux d'intérêt ou les prévisions des bénéfices des entreprises ?
Hervé Picard : Je pense que ce seront plutôt les résultats des entreprises, mais également les chiffres macroéconomiques. Pas tellement les taux d'intérêt qui ont été abaissés par les banques centrales l'année dernière sans grand effet sur les marchés boursiers et le moral des investisseurs, mais plutôt les chiffres de croissance en Europe, aux Etats-Unis et en Asie, ainsi que les résultats trimestriels des entreprises pour le 3e trimestre qui sont en train d'être annoncés actuellement, et surtout pour le 4e trimestre, qui pourraient se révéler décevants.
Aorte : Est-ce éthique de boursicoter sur le dos de ceux qui sont à la rue du fait de cette crise ?
Hervé Picard : Nous, nous avons une gestion de long terme. Et je pense que c'est l'attitude qu'il faut avoir sur les marchés actuellement : investir sur les grandes entreprises aux fondamentaux solides, et accompagner leur développement sur deux ans au minimum.
Je crois qu'investir aujourd'hui en Bourse, si ce n'est pas pour revendre demain, c'est soutenir l'économie française, c'est freiner les mouvements de panique, très dommageables pour notre économie.





